Les chats du kibou

mes chats, leur vie, leur oeuvre, leurs croquettes

19 mai 2009

au café

     Le gamin, qui était rentré, avait été très intrigué par les animaux qui discutaient. Il s'était donc approché de leur table, tandis qu'ils imaginaient le grand chat gris, perdu en mer, s'embarquant à bord d'un pétrolier et mourant d'ennui sur une plate- forme pétrolière, ou dans un élevage de saumons, fomentant un plan pour les laisser s'échapper pour reprendre une course migratoire folle...

     Quand le petit eut compris leur sujet de conversation, il dit très sérieusement: "Mais moi je sais où il est allé". Tous se tournèrent vers lui, se demandant s'il était dans ses habitudes de répéter des histoires de marins saouls pour intéresser d'autres marins saouls. Mais ils remarquèrent son air très assuré, ses lèvres pincés. Il se dressait bien droit pour affronter l'examen des trois adultes qui en avaient vu d'autres, puis il s'engouffra dans un escalier, qu'il monta, et reparut quelques minutes plus tard, un énorme cahier d'écolier déformé par de multiples collages et gribouillages.

     Quand il l'ouvrit sur la table, qu'on débarrassa pour lui faire place, tous comprirent qu'il disait vrai: cet enfant avait suivi le chat, semaine après semaine, mois après mois, d'un port à l'autre, d'un journal britannique à une coupure de presse graisseuse brésilienne, d'un reportage new yorkais à une photo floue birmane. Il avait tracé sur une grande carte le trajet infernal du chat, qui avait sillonné toutes les mers, navigué sur tous les océans, franchi tous les détroits à la poursuite de ces poissons voyageurs et fait un séjour à Durban pour le sardine run, comme tous auraient pu s'y attendre. "Mais comment as- tu pu réunir autant d'informations de tant d'endroits dans le monde? "demanda Natacha, émerveillée. "Il passe beaucoup de monde par ici", répondit l'enfant, "et les habitués ("les poivrots" pensa Starshine sans en rien montrer) commencent à découper les articles pour moi". Casse Casse pensa "c'est pour ça que ce gros cahier sent un peu le poisson". Contrairement à Starshine, dont il ne partageait pas la réserve, il eut envie de partager sa réflexion, mais il n'en eut pas le temps, car Jan reprenait: "Son voyage s'est arrêté net il y a deux ans". A Singapour exactement. Casse Casse faillit s'évanouir en pensant qu'ils devraient s'y rendre.

     Le soir tombait, et les clients commençaient à affluer. Natacha pensait rentrer mais s'était finalement laissé convaincre de prendre un verre. On avait allumé les lumières, Django Reinhardt jouait, on mangeait des petits anchois farcis. "Drôle d'idée de mettre des poivrons là dedans" pensa Casse Casse, tandis que Starshine lui conseillait de s'en contenter, puisque Jules les leur avait offerts (Il ignorait encore à ce moment là que Casse Casse était parvenu à attraper un petit maquereau malgré sa vigilance!). Ils décidèrent alors de laisser de côté les pensées qui les préoccupaient (et surtout la principale question qui consistait à décider s'il valait mieux prendre un bateau qui les rendraient malades ou rester enfermés dans la soute glaciale d'un avion qui risquait à tout moment de plonger dans l'Océan par dessus le marché(quoi qu'en disent les statistiques, et tout ça pour retrouver ce fêlé de chat gris). Ils choisirent plutôt de profiter de l'ambiance chaleureuse qui montait dans le café au fur et à mesure que les verres de bière se vidaient. Natacha était charmante et discutait avec tous, s'inventant des souvenirs pour l'un, dansant avec un autre, écoutant les commentaires des marins qui lui conseillaient plutôt telle ou telle destination pour des voyages qu'elle faisait semblant de prévoir un jour. Les chats évoluaient parmi les buveurs, Casse Casse écoutait les vantardises, s'inventait des aventures que des marins crédules écoutaient, tandis que Starshine ronronna toute la soirée sur un coin de la table près de Jan dont elle aimait sentir la chaleur, l'odeur et entendre rouler l'accent. Elle se sentait dans ce café comme chez nous, quand elle n'était encore qu'un petit chaton, bien au chaud au creux de nos reins, sur les couvertures, alors que l'orage grondait dehors et que la pluie glaçait les passants. C'est la nostalgie de ces moments avec nous qui la poussa à m'appeler.

Posté par lili violette à 23:42 - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    230000

    salut ca va bien

    Posté par sabri, 26 juin 2009 à 19:34
  • J'avais décidé d'aller fouiller partout sur ton blog et voilà ce que je trouve! Je me sens comme une mauvaise copine qui n'aurait pas été attentive... Bon j'ai lu en travers (pour l'instant et parce que j'ai une famille à nourrir) mais j'y reviendrai, et ce dernier jet, je l'ai lu entièrement et ça plait drôlement.
    Mon affection pour les noms-doublons a été titillée par Casse-casse. Nous, on a un copain qui s'appelle Chien-chien; et ce con, il boit de la bière, il est canon et il tricote hyper bien!
    Cette histoire est-elle définitivement abandonnée?

    Posté par Stéphanie, 08 juin 2010 à 19:45

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