Les chats du kibou

mes chats, leur vie, leur oeuvre, leurs croquettes

08 novembre 2007

Tous les ans, le jour de son anniversaire, Starshine va voir Mam' Lala

    Mam' Lala est une vieille chatte rousse. Sa mère était une persane qui avait été accueillie par une famille indienne qui possédait un petit restaurant. Ils vivaient dans l'appartement au dessus et lui avaient aménagé un petit coin sous le toit, avec un petit coussin au tissu autrefois vivement coloré et brodé de fils dorés mais qui s'était peu à peu usé, ne montrant plus de trace de broderie.
Un vasistas s'ouvrait sur les toits, et elle pouvait se promener dans le quartier où de nombreux habitants de diverses origines avaient aussi ouvert un petit commerce, une épicerie de produits exotiques, un magasin de divers cadeaux,  de tissus ou de vêtements orientaux... C'est sur ces toits qu'elle avait un soir rencontré un chat siamois, qui vivait avec son maître, un vieux monsieur chinois qui avait ouvert un magasin de meubles avec ses deux fils et leur famille. Instantanément, leur étrangeté mutuelle, s'était attirée.

    Elle n'eut plus qu'une envie dès qu'elle le vit: poser sa tête contre la poitrine couleur crème de ce siamois qui s'appelait Li Mao. Ensemble, ils parlaient peu. Ils aimaient regarder les gens passer dans la rue animée où l'on parlait de multiples langues, lui, de ses yeux bleus étirés qui semblaient poser de multiples questions sans attendre aucune réponse; elle, de ses grands yeux orange bordés de noir. Elle portait le nom d'une reine indienne, Lakshmî Bâî. Ils ne se quittaient presque plus, chacune de leur famille acceptant qu'ils choisissent où dormir ou se nourrir.
    Lakshmî Bâî était ce que l'on appelle un chat "mange- malheur". Elle sentait si quelqu'un était malade ou malheureux et restait sur son lit jusqu'à ce que la fièvre soit tombée ou que le chagrin soit passé. Li Mao restait pendant ce temps là avec elle, lisant des livres de philosophie taoïste. Lakshmî Bâî ne savait pas lire, mais elle aimait voir son compagnon, le nez légèrement plissé derrière ses petites lunettes à monture métallique, lisant une phrase, levant la tête pour y réfléchir, revenant en arrière dans le livre, suivant la ligne avec sa patte... Il ne lisait que des auteurs de philosophie chinoise. Il disait que les auteurs européens ne lui disaient rien. Quand il voulait apprendre à lire à Lakshmî Bâî , elle disait en souriant qu'à elle, c'était la lecture qui ne disait rien.

    Tous deux étaient tès appréciés dans leur quartier -pensez donc, un couple mixte que tous pouvaient admirer sans attiser de mauvais réflexes communautaires- et les restaurateurs leur donnaient souvent de petits restes: Andrea Korlopoulos les laissait lécher de petits bols ayant contenu du tarama, en leur racontant sa Mer Méditerranée et sa petite île, sur laquelle il retournerait bientôt; Igor Petrovitch Kariski se servait un petit verre et chantait une ballade mélancolique qui parlait sans aucun doute de steppes infinies, pendant qu'ils finissaient les oeufs battus avec le lait qui avaient servi à paner les boulettes de saumon aux pommes de terre; quant à Ahmed Azinamour, il leur jetait de petites bouchées de viande grillée prélevée sur la broche qui tournait, tout en leur lisant à voix haute les lettres de sa maman, pleines d'humour et de nostalgie, en réalité écrites par une voisine qui n'avait pas su lui annoncer la mort de sa mère.

    Li Mao et Lakshmî Bâî étaient très heureux et ils furent surpris de constater qu'ils pouvaient l'être encore plus lorsqu'ils eurent leur petite chatte Lala.

Posté par lili violette à 22:55 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire